Toutes les photos et documents présentés ici sont la propriété exclusive de monsieur Danyel Warter, fils du Quartier Maitre Ernest Warter, membre d'équipage du TD MISTRAL, 3e Peloton du 4e Escadron.

Je tiens ici à remercier chaleureusement Monsieur Warter pour ces documents et son autorisation à les diffuser sur ce site.

Mr Warter a édité les mémoires de son père Ernest, que l'on peut se procurer ici : Matricule 1789.T.39

Toute reproduction interdite sans accord préalable de son propriétaire.

Superbe photo du Quartier-Maître Warter.
Cette tenue typique Marine Nationale est assez rare sur les clichés du RBFM
 
Le parcours d'Ernest Warter
Texte de Danyel Warter, son fils
 

Ernest Warter est né le 1er janvier 1923 à HOTTVILLER, un petit village de Moselle.Il est le cadet d'une famille de 13 enfants.
A la déclaration de la guerre en 1939, il est évacué avec sa mère en Charente. Inspiré par ses grands frères, il s'engage dans la Marine Nationale et rejoint le 6 novembre 1939 l'école des Apprentis Marins à BREST. Il embarque sur l'Armorique et n'a qu'à peine plus de 16 ans.
Le 18 juin 1940, les Allemands arrivant à BREST, les Apprentis Marins embarquent sur le PARIS pour Plymouth, puis Liverpool pour ensuite embarquer sur le STULMAN en direction de CASABLANCA pour y être échangés contre des prisonniers Anglais après l'épisode de MERS EL KEBIR.
Le Apprentis Marins sont versés à la compagnie de garde du port.
Leur formation se poursuit ensuite sur le Jean Bart.
Son brevet d'électricien en poche, il embarque sur le CONDIA comme projecteur DCA en juillet 1941.
Le 2 avril 1942, il est nommé Quartier Maître.
En octobre 1942, il embarque sur le sous - marin  MARSOUIN. Il assiste au sabordement de la flotte de TOULON le 27 novembre 1942. Seul quatre sous - marin s'évadent : le CASABIANCA, l'IRIS, le GLORIEUX et le MARSOUIN sous une pluie de grenades. Les équipages de ces bâtiments dont mon père auront désormais droit au port de la médaille des évadés.
Le 1er janvier 1943, jour de ses vingt ans, il rejoint le bataillon de BIZERTE en formation.
Après diverses affectaions sur le MEDLINE, la batterie des côtes à RAS DAOUNDAS (Cap Bon), en Août 1943, il est désigné pour suivre des cours de formation sur les chars du 11ème Chasseurs.
En octobre il rallie CASABLANCA pour la formation du RBFM.
Le 29 avril 1944, le RBFM constitué embarque pour une formation plus complète vers l'Angleterre.
En mai 1944 il rejoint SLEDMERE près de l'Ecosse dans un camp où se forme la Deuxième DB.Le 14 mai, il est affecté sur le TDM10 MISTRAL du 3ème peloton de combat du 4ème escadron du RBFM.
Le 2 août 44 le RBFM débarque  près de Saint Mère Eglise pour la campagne de France et d'Allemagne via PARIS, DOMPAIRE et STRASBOURG.
Son unité ayant participé aux opérations entre le 16 et le 24 novembre 1944 qui permettent de désenclaver une unité américaine, il a le droit au port de la "Presidential Unit Citation".
Le 27 août 1945, il est libéré avec deux citations, le port de la fourragère verte à titre personnel, et la croix de guerre avec palme.
Il est malheureusement décédé en 1968 après un autre combat, celui là  à armes inégales contre la maladie.

 

 
devant le MISTRAL. Ce qui est étonnant et assez rare, c'est le bandeau RBFM porté par le QM Warter sur la gauche
(photo prise à Paris le 18 juin 1945 - Second Maître LYONS au centre)
 
On voit très bien sur ce cliché le bandeau R.B.F.M., l'insigne divisionnaire positionné sur la fourragère et semble-t-il l'insigne régimentaire sur la patte d'épaule. Grade de Quartier-Maitre sur le bras gauche, sous la banane Fusiliers Marins. On distingue une croix de Lorraine sur la cravate.
6 victoires pour le MISTRAL, le Quartier Maitre WARTER au centre de l'équipage, grade de Quartier-Maître sur le bras
( le TD suivant est le SIROCO avec ses 9 victoires)
Citation (Croix de Guerre avec Etoile de Bronze) remise le 14 décembre 1944 suite aux actions à Dompaire
 
Bonnet et fourragère double du Quartier-Maître Warter
 
 
 
Détails du ferret de la fourragère
 
Le bracelet d'identification de René Warter, qui reprend son numéro matricule
 
Les dog-tag, avec date et lieux d'engagement dans la Marine, groupe sanguin, numéro matricule, religion
 
Photo globale de la paire de plaques d'identification, avec chainette second modèle
 
Photo prise dans l'Indre en avril 1945, tir au PM Thompson (on distingue un TD en arrière-plan, sans doute le MISTRAL)
Quartier-Maître Warter à droite
 
Toujours dans l'Indre, quartier-maître Warter à droite
Toujours dans l'Indre, l'équipage du Mistral au repos. Le quartier-maître Warter est à droite
L'équipage en opération de nettoyage du canon
Photo prise à Les Touches-de-Périgny après la bataille de la poche de Royan
 
TD MISTRAL le 25 août 1944
 
Pochoir servant à marquer les sacs et les malles avec son numéro matricule (il s'agit du numéro matricule du Quartier Maître Warter)
 
Brevet militaire de conducteur du Quartier-Maître Warter. Il a été établi le 1 mars 1944 et signé par le Capitaine de Corvette Maggiar.
Sur l'autre face, les autorisations permettant la conduite des véhicules de plus de 3 tonnes et les semi-chenillés (half-tracks en l'occurrence), attribuées le 9 décembre 1944, et cette fois-ci, validées par le Capitaine de Frégate Maggiar (la signature est cette fois-ci celle du représentant de la commission d'examen).
 
Le matelot Paul Watel, meilleur ami de régiment d'Ernest et conducteur du MISTRAL.
 
Récit du Quartier-Maître Warter sur l'action au pont de Sèvres dans la nuit du 24 au 25 août 1944 :
(avec l'aimable autorisation de son fils, Monsieur Danyel Warter)
".......

Nous arrivons au pont de Sèvres où nous prenons les dispositifs de sécurité pour la nuit. Mistral est placé en bouchon avec un groupe de fantassins pour le protéger.


Mistral face au pont de Sèvres. En arrière plan, la manufacture de porcelaine.

                   Le café d’à côté nous paye à boire. Je me couche toutefois de bonne heure car je suis de quart de minuit à deux heures.

                   Dans la nuit du 24 au 25 août, tout paraît calme. Une auto – mitrailleuse se trouve à notre gauche, un peu à l’avant. Tout l’équipage dort dans le véhicule ; les fantassins sur le trottoir.

                   A minuit, je suis réveillé pour prendre mon tour de garde. Je fais une petite ronde et je reviens près du char.

                   Vers une heure du matin, un groupe d’hommes venant de la direction de Meudon s’avance vers nous. Pas de bruit, la marche est silencieuse. L’infanterie qui doit être devant ne dit rien. « Il doit s’agir d’amis » me dis-je.

                   Le groupe s’avance toujours. Le voilà à cinq mètres. Soudain j’entends l’un d’eux s’exclamer «  Panzer Abteilung !» ( « Unité blindée ! »). Ce sont des boches !!
Aussitôt je tire dans le tas et me mets à plat ventre sous le char. La bagarre commence. Les Allemands lancent des grenades dans toutes les directions.

                   L’automitrailleuse riposte et Mistral aussi. Les balles sifflent derrière moi. Un fritz râle sous le char.

                   Je rampe vers LECHARDIN. Je retrouve à ses côtés THOMAS qui balance des grenades à tour de bras.

                   Ma carabine s’est enrayée. Je ne peux plus tirer. A deux mètres, un type se traîne en râlant. Ami ou ennemi ? Je le surveille pendant sa progression.

                   Les coups de feu cessent enfin. Je regarde le blessé derrière moi et je reconnais HETHURIN de l’auto – mitrailleuse. Il est couvert de sang, criblé d’éclats de grenades. Il me paraît bien faible. J’appelle de l’aide pour le transporter dans une maison où nous essayons de le réconforter. Il est malheureusement trop tard. Il a perdu beaucoup trop de sang. Il sait qu’il va mourir et dans un dernier soupir il nous dit : « vous mettrez des fleurs sur ma tombe ». J’ai les yeux emplis de larmes, mes camarades aussi. Mais, il faut retourner au char ; les boches pourraient revenir.

                   Le jour se lève enfin. Quel spectacle ! Des morts partout ; des boches mais aussi des nôtres. L’infanterie qui dormait sur le trottoir ne s’est jamais réveillée. J’apprends que deux autres de nos camarades sont grièvement blessés. Ce sont les premiers du peloton et cela nous fait beaucoup de peine.

                  Le lieutenant arrive. On lui avait dit que Mistral était détruit. Il pousse un « ouf » de soulagement quand il aperçoit le char et l’équipage intacts.

                   Quatre pièces anti-chars allemandes sont là. Pour ne pas faire de bruit, les Allemands avaient mis des morceaux de couverture sous leurs chaussures.    
                  
                   La section d’infanterie chargée de nous protéger s’était retirée la nuit sans prévenir. Cela aurait pu être fatal à tout le peloton.

                   Nous retrouvons un officier SS et une vingtaine d’hommes. Tous sont fusillés. Pas de quartier.

                   Bilan : une quinzaine de Français tués, un half – track brûlé. Une quarantaine d’Allemands jonchent le sol. Leurs quatre pièces nous serviront à leur « taper sur la gueule ».

         Vers dix heures, le lieutenant vient  nous informer que nous attaquerons la capitale en fin de matinée. Rapidement nous faisons du café, arrosé d’une bonne goutte et attendons ......."

 
Récit de l'action par Paul Watel conducteur du Mistral :
(source, fond Historique 2e D.B.)
"......... Au pont de Sèvres, nous avons été attaqués vers 4 H. moins le 1/4. WARTER était de faction de 2 à 4. Il a été averti par des voix allemandes qui disaient "Stautzer" mais ne se sont pas arrêtées. Il a tiré dans les plus près de lui et sa carabine s'est enrayée. Il nous a appelé mais déjà HETUIN était mortellement blessé et son chef. Les Allemands ont essayé d'amener 3 canons dont 1 anti char et 2 de 40 m/m D.C.A.

Ils étaient environ à 20 mètres du char mais ont été dispersés par notre tir de mitrailleuse de 50, carabines et grenades.

Les allemands ont eu 18 tués dans la nuit et une trentaine de pris dès le lever du jour.

Chez nous, CREPELLIERE, KERLAU et l'autre chef qui était avec eux (DREANNO).

HETUIN est mort chez des civils vers 4 h. 1/2 ou 5 h.1/4 chez qui nous l'avions emmené ................"